Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

N°45
novembre 2013

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Entrepreneuriat social et économie verte : l’équation gagnante des ingénieurs 2iE

Alors que les pays développés doivent faire face au ralentissement de leur économie et à la saturation des marchés, l’Afrique, elle, connait aujourd’hui une période de développement économique sans précédent, avec un taux de croissance moyen de près de 5% sur la dernière décennie. L’émergence du continent attire un nombre toujours plus grand d’investisseurs et d’entrepreneurs à la recherche de nouvelles opportunités.
Stimulé par la croissance du continent, l’entrepreneuriat africain se développe, imprégné par la tradition de partager les bénéfices avec la communauté. « Avec une démarche RSE, on peut positivement changer les choses en Afrique » affirme un étudiant en License à 2iE. A l’heure actuelle il est donc primordial d’accompagner le dynamisme des économies africaines en formant les ingénieurs-entrepreneurs responsables dont le continent a besoin. Et à ce titre, la RSE s’impose de plus en plus comme un outil de compétitivité et de valeur ajoutée permettant le développement d’une économie durable à l’africaine. L’éveil des consciences et l’adoption de bonnes pratiques en matière de RSE sont désormais le fait de la jeunesse africaine, futurs ingénieurs et entrepreneurs, qui devront faire rimer progrès et responsabilité sociale et environnementale.
Pour les encourager à adopter à l’avenir des pratiques professionnelles responsables qui prennent en compte les enjeux sociaux économiques et environnementaux du continent, la formation à 2iE intègre des modules de formation à la RSE pour tous les étudiants ingénieurs. 2iE s’est également associé à des professionnels pour que ces derniers présentent aux étudiants la stratégie de RSE de leur entreprise en Afrique, les défis qu’ils ont à relever et les avantages qu’ils en retirent dans l’exercice de leurs activités. Ces échanges d’expérience permettent aux étudiants de palper la réalité du terrain et mieux comprendre les innovations managériales adaptées aux problématiques locales.
Créer un écosystème éducatif et professionnel favorable à l’émergence de l’entrepreneuriat social
Plateforme internationale de services dédiée à l’innovation et à l’entrepreneuriat en Afrique, le Technopôle 2iE permet de faire le lien entre le secteur privé, la recherche et le monde académique. Afin d’accompagner les étudiants et diplômés dans la création d’entreprises pour une croissance verte du continent, le Technopôle gère le dispositif de formation d’ingénieurs-entrepreneurs. Il s’agit de combiner à la formation d’ingénieur l’octroi de compétences poussées en sciences managériales. 2iE organise aussi des conférences dédiées à l’entrepreneuriat et à l’innovation, ainsi que des concours de création d’entreprise pour favoriser la créativité. L’incubateur technologique accueille les diplômés et offres des services techniques, scientifiques, managériaux et financiers pour leur permettre d’optimiser leurs prototypes et parfaire leur business plan. Le Technopôle s’appuie sur les équipes et laboratoires de recherche de 2iE mais aussi sur son réseau de Business Angels.
Les projets actuellement en incubation à 2iE sont tous en lien avec l’économie verte et l’entrepreneuriat social. Citons par exemple TECO² qui produit des toitures à base de déchets plastiques recyclés, et Eco-Isolant, qui propose des isolants à partir des déchets de l’industrie cotonnière.
Une fois que le projet de création d’entreprise est mature, il est invité à rejoindre la pépinière 2iE, où la start up pourra bénéficier de conditions favorables à son succès. A ce jour, 2 entreprises ont été crées, dans le domaine de la nutrition et de l’énergie.
Être acteur du changement
Les jeunes ingénieurs-entrepreneurs africains sont devenus les véritables acteurs du changement, capables aujourd’hui d’observer le terrain et de savoir comment valoriser les ressources locales et répondre à partir du contexte qui est le leur à des enjeux plus globaux, qui nous concernent tous. Ils reprennent à leur compte la philosophie africaine de l’ubuntu, qui valorise l’incitation réciproque, le partage qui enrichit mutuellement les individus.
Pour Mireize Alladatin, étudiante à 2iE, l’avenir des agriculteurs africains passe par le refus des pesticides. Issue d’une famille d’agriculteurs, elle décide de développer une solution saine, respectueuse de l’homme et de la nature, pour entretenir les cultures. De cette volonté est née GREEN FARMER, une gamme de bio-pesticides pour une alternative efficiente aux pesticides chimiques, destructeurs et pour lutter contre les pollutions issues de l’agriculture. Simples dans leur élaboration et accessibles pour les populations, les produits GREEN FARMER pourraient apporter, au terme de leur développement, une solution pour une chaine alimentaire saine, la préservation de la santé et de l’environnement.
Kahitouo Hien est le porteur du projet FASO PRO. En observant son environnement, il a dressé un constat : dans de nombreux endroits en Afrique, la chenille de karité est abondante et intégrée dans l’alimentation quotidienne des populations. Traditionnellement récoltée par les femmes, elles représentent également un vecteur d’émancipation économique et sociale. Il a donc décidé de mettre à profit la haute valeur nutritionnelle de l’insecte pour le transformer en complément alimentaire à destination des populations qui souffrent de malnutrition. La chenille de karité, avec 63 % de protéines, est en effet une ressource précieuse. Transformée en poudre, elle vient compléter et enrichir les aliments et permet donc de réduire la malnutrition. Cette initiative, présentée lors de la Global Social Venture Competition 2012 à Berkeley (Californie), a remporté en finale le prix du projet ayant le meilleur impact social. Créée en 1999, la GSVC est la seule compétition internationale de Business Plans de projets d’entreprises alliant viabilité économique et impact social, destinée à des étudiants et jeunes diplômés. En 2013, pour la première fois, une équipe non-américaine remporte le premier prix : il s’agit de Moctar DEMBELE et Gérard NIYONDIKO, étudiants en première année de master à 2iE, avec leur projet Faso Soap, une solution innovante et accessible pour la prévention du paludisme.
Aujourd’hui, pour favoriser l’émergence d’entreprises innovantes et à fort impact social et/ou environnemental, 2iE a lancé sa propre compétition internationale, le Green Star Up Challenge. À la clé, les lauréats remportent un accompagnement technique, managérial et financier dans la mise en œuvre de leur entreprise. Ils pourront rejoindre l’incubateur ou la pépinière et bénéficier de locaux et infrastructures, d’un accès à des laboratoires de pointe, d’un accompagnement managérial sur mesure et d’un réseau de Business Angels pour concrétiser leur projet et créer leur entreprise.
Construire l’Afrique de demain, c’est mobiliser, dès aujourd’hui, la première de ses ressources, sa jeunesse afin qu’elle fasse sienne cette maxime de Gandhi : « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».


 

Paul GINIES, Directeur général de 2iE

Paul Ginies est Ingénieur du Génie rural, des Eaux et Forêts et diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris (IEP-Paris).
Il débute sa carrière au sein du Ministère de l’Agriculture, où il est en charge de la gestion de la protection des récoltes. Il devient Conseiller du Comité permanent inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), basé à Ouagadougou, responsable des questions de sécurité alimentaires jusqu’en 1992. Il œuvre alors à la mise en place d’infrastructures hydrauliques dans la vallée du fleuve Sénégal, la construction de barrages dans les régions agro-pastorales et la gestion de l’eau en zone rurale.
De 1994 à 2000, il occupe la fonction de Conseiller du Ministre mauritanien du Développement rural et de l’Environnement. Par la suite, il occupe plusieurs postes clés au sein de la Commission européenne, au Malawi et à Bruxelles, en tant que Conseiller pour la sécurité alimentaire.
Depuis sa nomination en tant que Directeur Général de 2iE, des réformes majeures ont été déployées, telles que l’ouverture de 2iE au secteur privé, aux pays anglophones et la mise en place de règles de gouvernance innovantes, tant sur les plans académique que financier. Le nombre d’étudiants à 2iE a été multiplié par 10 et le budget doublé en 7 ans. Paul Ginies possède une riche connaissance des organisations internationales et est l’un des acteurs de premier plan de l’Initiative Africaine pour la Science et la Technologie, lancée par l’Institut Nelson Mandela. Il est membre de l’African Renaissance Initiative of Science and Technology (ARIST). Il est également le Président-fondateur de l’Institut d’Afrique, un partenariat public-privé pour la promotion d’une éducation de qualité en Afrique

Sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat collectif

L’entrepreneuriat est souvent présenté comme un acte individuel mais dans les faits, les équipes entrepreneuriales sont aussi nombreuses que les entrepreneurs seuls. Il faut donc remettre l’entrepreneuriat collectif à sa juste place. Cela est d’autant plus important que la croissance des entreprises passe par la création d’équipes entrepreneuriales aux compétences complémentaires. Il faut donc changer le discours auprès des jeunes et favoriser l’apprentissage de l’entrepreneuriat en groupe.
La fin d’un mythe
Il y a une tentation journalistique à vanter les mérites du self-made man. Mais le modèle de l’entrepreneur qui doit sa réussite à lui seul est largement remis en question. De nombreux auteurs ont ainsi reconnu que si les grands entrepreneurs avaient un réel talent, ils n’auraient pas pu s’exprimer sans l’intervention de tierces personnes : un camarade, un parent, un conjoint, etc. En fait, dans bien des cas, l’entrepreneur dispose d’un réseau (certains diront un capital social) qui l’aide dans son parcours d’entrepreneur. L’histoire est truffée d’exemples de ce type : les Rockefeller, Carnegie ou Vanderbilt ont réussi en partie grâce à leur environnement relationnel et non pas seulement du fait de leurs caractéristiques entrepreneuriales innées.
La nature collective de l’entrepreneuriat
Si le réseau est mobilisé, il n’est pas toujours intégré dans une équipe entrepreneuriale. Les personnes de l’entourage de l’entrepreneur restent à la périphérie du projet. Ils apportent simplement une aide ponctuelle en fonction des besoins mais ne sont pas formellement considérés comme des associés. Mais on constate une tentation chez certains entrepreneurs de créer en équipe, c’est-à-dire d’intégrer formellement des éléments de leur réseau social dans leur entreprise. Bien évidemment, l’équipe est parfois virtuelle. Mais on fonction du projet, il est souvent nécessaire d’intégrer de façon active les membres de son réseau. Ceux-ci constituent alors des associés à part entière avec un rôle actif dans l’apport de ressources, de compétences ou de carnets d’adresses. Ils sont par ailleurs présents dans l’entreprise et participent de façon active aux décisions stratégiques. La plupart des équipes entrepreneuriales sont composées ainsi de deux personnes, parfois trois ou quatre, mais rarement au-dessus.
Un modèle loin d’être isolé
Ces équipes entrepreneuriales ne sont pas des cas particuliers en matière d’entrepreneuriat. La plupart des études internationales font état de 50% de créations d’entreprise en équipes (dont une grande majorité de binômes) contre 50% de solo-entrepreneurs. Des variations sont généralement observées selon les projets et les pays. Les projets high-tech de la Silicon Valley, par exemple, sont souvent portés par des équipes alors que des projets peu innovants de type commerce-artisanat restent l’œuvre d’une seule personne.
Contrairement à une idée reçue, les Etats-Unis (qui ont longtemps défendu le modèle du self-made man) ne sont pas plus individualistes que d’autres en matière d’entrepreneuriat. Il est même surprenant de constater qu’ils le sont moins qu’en France. Depuis 2009, date de création du régime de l’auto-entrepreneur, environ 80% des entrepreneurs français sont seuls, alors que 20% créent en équipe.
Un modèle en phase avec les tendances actuelles
Même si le régime de l’auto-entrepreneur a permis à de nombreuses personnes de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, il reste un modèle d’entrepreneuriat de faible croissance. Or, alors que les acteurs publics français veulent des entreprises de taille plus importante, il faut davantage mettre l’accent sur l’entrepreneuriat en équipe. C’est en effet, par ce modèle, que l’on peut innover et assurer la croissance des petites entreprises, même si les risques associés à ce modèle existent.
L’entrepreneuriat en équipe est également en phase avec le développement de l’économie sociale et solidaire. Ce modèle économique alternatif modifie certaines règles de gouvernance classique du fait de l’insertion d’organismes externes dans les instances de décisions ou de la création de statuts coopératifs. Il soulève ainsi des questions relatives à l’adhésion de parties prenantes à un projet entrepreneurial avec ce que cela implique en termes de conflits et de décisions collégiales.
L’entrepreneuriat en équipe n’est donc pas seulement un entrepreneuriat de start-up. C’est un modèle qui s’applique à des situations variées.
Pour un développement de l’apprentissage de l’entrepreneuriat en groupe
Pour des raisons évidentes qui tiennent à la confiance que procure l’équipe et aux besoins que génère certains projets, les entrepreneurs s’associent. Or, dans l’imaginaire collectif, l’entrepreneur reste assimilé à un individu exceptionnel qui ne doit sa réussite qu’à lui-même.
Cette idée reçue nous semble devoir être abandonnée. D’une part, elle ne correspond pas à la réalité et d’autre part les nouvelles générations portent certainement plus d’idéaux collectifs que d’idéaux individuels. Ils fonctionnent par ailleurs davantage en réseau et ont compris que l’association est meilleure que l’isolement.
Un autre élément va dans le sens de l’entrepreneuriat collectif. Les écoles de commerce et d’ingénieurs ont compris depuis une quinzaine d’années l’intérêt des formations-actions à l’entrepreneuriat en groupe. Que ce soit les mini-entreprises chez les collégiens et lycéens ou les « Entrepreneuriales » dans l’enseignement supérieur, l’éducation à l’entrepreneuriat va dans le sens du collectif.
Il faut sans aucun doute poursuivre dans cette voie. L’effort que déploient de nombreux pays en matière de sensibilisation à l’entrepreneuriat, via la gestion de projets en groupe par exemple, est à poursuivre indéniablement. Il faut sans doute, en parallèle, apporter un regard critique et lucide sur l’entrepreneuriat en équipe. Beaucoup d’étudiants envisagent d’entreprendre avec des camarades alors que les associations exclusivement basées sur l’amitié présentent des risques. Il s’agit-là d’un vrai challenge pour tous les formateurs en entrepreneuriat : comment donner envie tout en apprenant à mesurer les risques ?

Pour approfondir :

Condor, R. (2013), « Entreprendre à plusieurs, une autre forme d’entrepreneuriat », in Le Grand Livre de l’Entrepreneuriat, Sous la direction de Catherine LEGER-JARNIOU, Dunod, p. 63-79.

Pour échanger sur le sujet :
« L’entrepreneuriat du futur : vers un modèle entrepreneurial à plusieurs », Journée d’étude Créactive Place, à Deauville, le 15 novembre 2013 (ouvert à tous).
http://www.creactiveplace.fr/page/l-entrepreneuriat-du-futur.html

Roland CONDOR

Roland CONDOR est titulaire de la chaire Entrepreneuriat-Projet-Innovation de l’EM Normandie et professeur de stratégie et de management de projet. Ses travaux de recherche sont axés sur la gestation du projet entrepreneurial, l’entrepreneuriat collectif, l’accompagnement à la création d'entreprise et le contrôle de gestion dans les PME. En parallèle de ses activités à l’Ecole, il est également trésorier à l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation et membre de l’Association Internationale de Recherche en entrepreneuriat et PME (AIREPME).

CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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