Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

N°42
juillet 2013

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Les formations hybrides : retour d’expérience par Dimitri Laroutis, ESITPA, et Jean-Christophe Hauguel, EM Normandie

Le montage d'une formation hybride vu par les deux artisans de ce partenariat : la perspective de l'école d'ingénieur et celle de l'école de management.

Dimitri Laroutis est docteur ès sciences économiques, Enseignant-chercheur en économie-gestion et professeur de Marketing à l’ESITPA depuis 2007. Responsable depuis 2010 du laboratoire d’économie de l’école. Co-créateur avec l’EM Normandie, en 2010, du MS Marketing, communication et ingénierie des produits agroalimentaires. En 2012, il lance une licence professionnelle Technico-commercial en nutrition animale avec l’Université de Rouen et le CFA d’Yvetot. 

Jean-Christophe Hauguel est docteur en économie de l’Université Paris I Panthéon. Après avoir enseigné dans plusieurs établissements, il rejoint l’EM Normandie en 2005 en tant que chargé de cours à temps plein en économie. Il est ensuite successivement responsable de master 2 du programme grande école, directeur adjoint des programmes et, depuis 2008, directeur général adjoint et directeur des programmes.


Formation hybride, croisement de compétences
Une formation hybride vise généralement l’acquisition d’une double compétence et intègre des individus avec des identités et des profils très différents (ingénieurs, gestionnaires, juristes, historiens, etc.). Une grande partie de la richesse de la formation provient de cette capacité de tirer le meilleur des compétences de chacun pour un projet commun, en faisant travailler ensemble des personnalités distinctes. Pluridisciplinaire par nature, elle respecte ces identités variées avec l’objectif de faire naître au sein de la promotion un esprit commun et une appréhension collective des problématiques tout en respectant les spécificités de chacun.

Plusieurs disciplines sont structurées de façon cohérente au sein du programme pour que l’étudiant, dans sa diversité, augmente de façon progressive ses connaissances, ses compétences et au final son efficacité sans que certains profils soient mis de côté. Ne faire qu’un est le mot d’ordre. Un long travail de préparation intégrant les visions des différentes disciplines et surtout une cohérence d’ensemble doit donc être mis en place. Le terme de pluridisciplinarité indique en premier lieu la coexistence des différences, qui ne doivent ni se juxtaposer, ni s’affronter, mais se rencontrer pour un objectif partagé : répondre à la réalité de l’entreprise et donc à ses besoins.

Une réponse aux attentes des entreprises et … des étudiants
Au-delà d’une réelle demande des entreprises pour ce type de formation, c’est une réelle prise de conscience par celles-ci des apports d’une double compétence notamment en termes d’ouverture d’esprit et de maturité des étudiants. Ces derniers prennent conscience, grâce à leur parcours, de leurs limites et de leurs aptitudes et intègrent dans leur travail quotidien les compétences complémentaires nécessaires à la finalisation des projets de façon efficace. Les travaux de groupes et les projets pluridisciplinaires apparaissent donc comme un élément central d’une formation hybride, favorisant l’apparition d’une vision commune acceptée par les différents profils qu’ils soient gestionnaires ou ingénieurs… La finalité n’est bien évidemment par de transformer des ingénieurs en gestionnaires ou des gestionnaires en ingénieurs. L’objectif est d’apporter suffisamment de connaissances à chacun pour connaître ses propres limites, avoir une idée de l’ensemble des contraintes inhérentes à un projet et intégrer les capacités nécessaires à la bonne tenue de celui-ci. Une fois dans l’entreprise, les jeunes diplômés savent ainsi réduire les freins internes à celle-ci dans la réalisation de projets en adoptant un langage commun.

C’est l’intérêt flagrant de cette mixité qui conduit actuellement les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs à se rapprocher fortement et à proposer des diplômes communs à leurs étudiants respectifs. Ce ne sont plus des compétences spécifiquement d’ingénierie ou de gestion qui sont recherchées ; l’entreprise brigue des profils correspondant à des compétences « métier » et donc par nature pluridisciplinaires. Les industriels recherchent des profils favorisant la circulation de l’information et réduisant les obstructions internes à la réalisation de projets. Au sein des entreprises, les tensions fréquentes entre les services Production et Marketing, à cause d’incompréhensions, constituent des blocages qui leur coûtent très cher. D’où l’intérêt de former de nouveaux profils de professionnels à l’interface des différents services (production, marketing, etc.. .) capables d’optimiser la performance de l’entreprise en limitant les freins inter-services. Le jeune diplômé est un acteur clé qui favorise la circulation de l’information entre les services et trouve des solutions communes multidisciplinaires.

Les difficultés du métissage
Les avantages pour l’entreprise et pour l’étudiant apparaissent évidents mais les obstacles dans la construction de ces formations sont réels : à la fois dans la structuration du diplôme et dans la conduite au quotidien du parcours pédagogique afin de faire émerger un esprit et une culture communes entre des profils différents, voire antinomiques au départ. Les dimensions « corporatistes » ou de « conflit », intrinsèquement liées à la rencontre de ces différences, sont bien évidemment à bannir pour construire ensemble. Les équilibres apparents, notamment au début des formations, sont fragiles. Mais au-delà des premières semaines, et nous le constatons dans le MS Marketing, communication et ingénierie des produits agroalimentaires de l’ESITPA et de l’EM Normandie, une réelle cohésion se dégage. A ce moment précis, la formation prend tout son sens et révèle sa richesse aux étudiants qui assimilent les connaissances des autres et partagent leurs propres savoirs.

La pluridisciplinarité doit donc être abordée sous l’angle partenarial à la fois dans la construction de la formation et au quotidien dans la réalisation des projets par les étudiants. La question de savoir si les différentes disciplines peuvent vivre ensemble ne se pose plus, elle apparaît comme évidente et nécessaire pour répondre efficacement à la réalité des projets. Pour autant, cette capacité de penser et de travailler ensemble ne dépend pas uniquement de la bonne volonté des uns et des autres. Comment se rencontrer, se connaitre, utiliser au mieux les aptitudes de chacun ? Comment déterminer les modalités, les moyens et les moments pertinents ou, au contraire, nocifs pour échanger des informations sur les personnes ? Toutes ces questions doivent trouver une réponse durant la formation, par les équipes pédagogiques et plus tard en entreprise par les jeunes professionnels.

Dimitri Laroutis, ESITPA,
Jean-Christophe Hauguel, EM Normandie

A propos de l'EM Normandie

Fondée en 1871 parmi les toutes premières grandes écoles de commerce françaises, l’EM Normandie s’est imposée au fil des années comme une institution de référence dans l’univers des Business School. Elle accueille, en 2012-2013, 2 600 étudiants et professionnels. Sa vocation : former les managers de demain, des dirigeants responsables préparés à la conduite du changement dans un environnement multiculturel, et accompagner les professionnels tout au long de leur carrière. Elle dispense une gamme d’une vingtaine de programmes de formation initiale et continue, en présentiel et à distance, dans des domaines d’expertise variés : gestion de projet, entrepreneuriat, finance, commerce ou encore marketing. Implantée à Caen, Deauville, Le Havre et prochainement à Paris, l’école puise des richesses de son territoire en proposant des formations en logistique, tourisme, événementiel et s’appuie sur les ressources de deux entités qui lui sont liées : l’Institut Portuaire d’Enseignement et de Recherche du Havre (IPER), spécialisé dans les domaines maritimes et portuaires, et l’Institut du Développement Territorial (IDéT) axé sur les politiques publiques, la responsabilité sociale de l'entreprise ainsi que l’intelligence économique et stratégique.

CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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