Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

N°42
juillet 2013

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La transversalité et l’hybridation des parcours, l'un des chevaux de bataille de l’école champenoise, par Francis Bécard, directeur général du Groupe ESC Troyes

Francis Bécard est directeur général du Groupe ESC Troyes depuis 1997. Il dirige également la Technopole de l’Aube en Champagne. Vice-président du Chapitre des Ecoles de Management de la Conférence des grandes écoles, il est notamment très impliqué dans tout ce qui concerne l’entrepreneuriat étudiant en France.

Lorsque l’on parle de formations hybrides, on pense surtout transversalité
On la retrouve cette thématique à différents niveaux, à la fois dans la pédagogie, dans le mode de fonctionnement d’une école ou d’une entreprise, dans la vie étudiante, dans les projets académiques et associatifs…
Valeur centrale du Groupe ESC Troyes, la transversalité et l’hybridation des parcours  sont des chevaux de bataille de l’école champenoise. Retour sur le livre « Le Groupe ESC Troyes et le droit à l’expérimentation » paru en mars 2013 et coédité avec l’Etudiant, avec des extraits du chapitre consacré à la transversalité.

Le Groupe ESC Troyes s’est construit dans un esprit d’ouverture
Aujourd’hui, le groupe compte un programme grande école, une école de management internationale, une école de management spécialisée dans le tourisme, une école supérieure de design, une École de la 2e Chance, un établissement de formation continue, des classes préparatoires aux concours paramédicaux et sociaux, un centre d’études des langues…


Cette politique alimente notre stratégie d’innovation. De la rencontre entre différentes cultures naissent de nouvelles idées. Un principe toujours d’actualité. Stéphane Marchand rapporte dans son livre La Ruée vers l’intelligence une citation de Benjamin Soffer, directeur des transferts de technologies du Technion de Haïfa : « Le Technion a une chance : il est pauvre. Ses chercheurs ont toujours été obligés de partager équipements et ressources. Ils ont donc toujours échangé les uns avec les autres. […] Cette règle du partage donne parfois des idées qui ne seraient pas venues autrement".

L’enseignement supérieur français n’est pas pauvre, mais il n’est pas suffisamment innovant pour autant. Il ronronne dans un système qui a peu évolué depuis des décennies. Une de ses caractéristiques principales réside dans la séparation des disciplines. Les universités de lettres et sciences humaines sont indépendantes des universités scientifiques. Bien que les contacts tendent à se développer de plus en plus entre les écoles d’ingénieurs et les écoles de management, ceux-ci devraient être encore plus riches et plus intenses.

Le Groupe ESC Troyes s’est construit sur un autre modèle. Il est primordial pour nous que le manager soit formé à côté d’autres étudiants, comme, par exemple ceux en architecture, en médecine ou en design. Sur les pelouses de Harvard, les futurs ingénieurs discutent avec des étudiants en lettres ou en économie. Nous voulons nous inspirer des meilleurs pour créer notre propre modèle. Sur nos campus et dans nos associations, des étudiants de différents programmes se fréquentent, apprennent à vivre ensemble et à apprécier les qualités de chacun. Nos actions sont appelées à être reproduites ailleurs.

Des passerelles entre les formations
Le Groupe ESC Troyes est l’un des premiers à avoir rapproché une école de design d’une école de management. Ce choix, loin d’être anodin, s’est avéré payant et nous permet de réelles innovations au sein du groupe.

Revaloriser l’image du design
Les formations en design doivent lutter contre un manque de reconnaissance académique. Elles sont imaginées parfois comme des voies de garage pour étudiants originaux ou en difficulté dans les filières classiques. Il s’agit d’une erreur monumentale. Aujourd’hui, le design est une pierre angulaire de l’industrie. Si Apple est tant prisé, le design de ses produits est loin d’être étranger au phénomène. En 2009, Renault a fait appel à un Hollandais, Laurens van der Acker, pour prendre la tête de son département design pour dynamiser ses nouvelles gammes dans un contexte difficile.

Il s’agit d’un réel camouflet pour les écoles françaises. Nous devons former des designers capables d’être inventifs dans le cadre de l’entreprise, et créatifs dans le cadre des contraintes industrielles. En France, du fait du peu de contacts qu’ils ont durant leurs études, managers et designers ont parfois du mal à communiquer efficacement en entreprise. On sent de l’incompréhension entre les uns et les autres et trop souvent aussi de la méfiance, voire du mépris.

Car l’entreprise a besoin de tous les profils
Chacun doit avoir sa place et il faut savoir tirer le meilleur des différences. C’est ce que nous enseignons au sein du groupe. En adossant l’école supérieure de design à une école de management, nous rassurons les potentiels recruteurs. Nos designers sont confrontés aux réalités de l’entreprise via des cours, des projets et leurs liens avec les étudiants des autres programmes.

Inversement, leur présence fait souffler un vent de créativité sur nos étudiants et nos professeurs. Tous les enseignants ayant été amenés à enseigner l’économie, par exemple, au sein de l’école supérieure de design, ont été surpris de voir des étudiants très intéressés et réceptifs à d’autres formes de pédagogie.

Le projet ARTEM, à Nancy, a par exemple bien compris cette importance du design en rapprochant, dès 1999, l’art, la technologie et le management via des collaborations étroites entre trois écoles spécialisées.

Transversalité sociale et verticale
L’intégration d’une Ecole de la 2ème Chance dans le Groupe ESC Troyes illustre aussi cette volonté de mélanger les publics et les populations. Avoir cette école sur le campus est une chance pour les stagiaires qui suivent cette formation et pour les autres étudiants du groupe. Nous développons des projets dans lesquels les étudiants travaillent avec les stagiaires de l’Ecole de la 2ème Chance. Notre Groupe est à l’image de la société : il accueille des personnes ayant quitté l’école avant l’école et d’autres poursuivant jusqu’en bac +5. Il n’y a aucune raison pour que les études soient un instant hors du temps pendant lequel les jeunes fréquentent les seules personnes partageant le même parcours.

Création d’un semestre commun pour les bachelors
La rentrée 2013 représente un nouveau pas en avant dans la transversalité puisque les élèves de l’école supérieure de design, du bachelor international (INBA) et du programme EMVOL (management du tourisme) vont tous suivre un semestre commun en début de cursus. Le but de ce programme commun est multiple. Il permet à des étudiants de différentes filières de se rencontrer et de se côtoyer dans le cadre scolaire. Après avoir vécu ensemble, ils vont donc apprendre à travailler ensemble. Nous souhaitons également que les étudiants se frottent à des disciplines nouvelles afin de mieux comprendre les autres et, peut-être, de permettre l’émergence d’idées nouvelles par la rencontre de différents univers.

Lors de leur entrée dans notre école, après le bac, les étudiants de tous nos programmes bachelor seront réunis dans un semestre commun. Ils devront suivre trois types de cours : les cours communs, les matières d’ouverture sur d’autres programmes (tourisme, design ou management international), et leur spécialité. Grâce à ce dispositif, les étudiants peuvent conforter leur choix d’orientation et découvrir d’autres secteurs. En d’autres termes, profiter du décloisonnement opéré au sein du Groupe ESC Troyes.

Permettre le changement d’orientation
À l’issue du premier semestre, les étudiants retournent à temps plein dans leur programme d’origine. Ces six premiers mois passés ensemble nous assurent que la vie étudiante sur notre campus sera mixte. Nous laissons à la disposition des étudiants de multiples occasions de créer ensemble. À travers les programmes SIFE, les Cordées de la réussite, l’incubateur transversal étudiant (le YEC, labellisé pôle entrepreneuriat étudiant), les mini-entreprises, les associations, les étudiants s’engagent, montent des projets, prennent des responsabilités ensemble hors du cadre des cours.
Le semestre commun offre une autre opportunité. À l’issue des six premiers mois, des aménagements peuvent être mis en place afin de changer de filière. L’orientation est l’un des problèmes majeurs de notre système éducatif.

Beaucoup trop de jeunes sont orientés par défaut parce qu’ils ne peuvent pas faire de choix informé et éclairé. Ils ne maîtrisent pas toutes les données du problème et ne connaissent pas les formations qu’on leur propose. Ils s’en font une idée souvent fausse. Grâce à ce semestre commun, il est possible pour un étudiant de toucher du doigt d’autres disciplines, et ainsi, de prendre une décision basée sur une connaissance personnelle des filières qui lui sont ouvertes.

 

Francis Bécard
Directeur général du Groupe ESC Troyes

Le Groupe ESC Troyes et le droit à l’expérimentation : récit d’une expérience

Trouver sa place parmi les grandes écoles de management lorsqu’on est la dernière-née dans une petite ville de province, loin de la mer et de la montagne, n’est a priori pas un défi aisé à relever.

Et pourtant, depuis vingt ans, la «petite » ESC Troyes avec ses 180 étudiants est devenue le Groupe ESC Troyes, avec 1700 étudiants de 40 nationalités différentes et des pôles de formation continue et socioprofessionnelle. Une croissance qu’il faut mettre sur le compte d’innovations généralement en rupture avec les normes traditionnelles.

À travers 3 grandes thématiques (entrepreneuriat, transversalité et ouverture sociale), cet ouvrage alterne actions vécues et propositions concrètes qui peuvent contribuer à poser un regard différent sur l’enseignement supérieur aujourd’hui.

Télécharger le livre « le Groupe ESC Troyes et le droit à l’expérimentation : récit d’une expérience » et poursuivez le débat.

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