Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

N°42
juillet 2013

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Formations hybrides : ne pas faire de la double compétence de la double incompétence ! Par Michel Berne, Directeur d’études à Télécom Ecole de Management

Ingénieur diplômé de l’Ecole des mines de Saint-Etienne et de l'ENSPM (aujourd'hui IFP School), docteur en économie (Paris X-Nanterre), Michel Berne enseigne l'économie appliquée aux nouvelles technologies à Télécom Ecole de Management. Il a été directeur de la Formation de l'Ecole entre 2007 et 2012, et est à l'origine des 8 doubles diplômes ingénieur-manager lancés récemment par celle-ci.

Hybride : un terme qui décontenance
Le terme de « formation hybride » fait un peu peur a priori, on imagine vaguement un dispositif mi-chair, mi-poisson, une curiosité de laboratoire à la santé fragile. Pourtant cette hybridation sur le plan des disciplines correspond à la formation à des métiers on ne peut plus classiques, comme les architectes, les médecins, et, on ne le voit plus aujourd’hui, aussi les « ingénieurs à la française ». Ces formations sont fortement hybrides, portant sur des compétences scientifiques, techniques, managériales, etc.

Sans remonter trop loin, on peut citer une expérience étonnante de formation des ingénieurs au début du XIXe siècle1 : les écoles des Mines de Paris et de Saint-Etienne avaient été dotées par l’Etat chacune d’une exploitation réelle, qui offrait un formidable terrain de formation pratique et d’expérimentation théorique, sans oublier que les revenus tirés de l’entreprise couvraient les frais de formation… Or dans une mine comme dans une forge, il faut à la fois des bases scientifiques diversifiées, un savoir technique solide et des compétences affirmées de management des hommes et de gestion.

De nos jours un tel dispositif n’est plus guère possible, et on peut en un sens le regretter. Mais on peut envisager cependant de nombreuses formes d’hybridation : ingénieurs-managers ou économistes, mais aussi ingénieurs médecins ou pharmaciens, managers et designers, financiers et déontologues, voire managers et historiens de l’art, comme dans le cas des commissaires d’exposition. La taille du marché et la difficulté de montage de ces formations sont certainement très diverses, mais on sent une accélération de l’intérêt qu’on porte à ses dispositifs actuellement. On constate bien souvent que les défis d’aujourd’hui exigent de dépasser les frontières disciplinaires habituelles et de mettre en œuvre des compétences de domaines très différents.

Des expériences de plus en plus nombreuses et diverses
Les écoles se sont donc ingéniées à couvrir progressivement le champ des hybridations :

L’alliance dans ARTEM de l’École nationale supérieure d’art de Nancy, de l’ICN et des Mines de Nancy, qui sont en train de faire campus commun, est sans doute l’exemple le plus ambitieux existant en France dans ce domaine.

Un élément attractif et un atout pour les étudiants
Pour l’établissement qui crée de telles formations, l’apport peut être important. Ce sont des éléments d’attractivité pour les étudiants ; cela oblige le corps enseignant à s’attaquer à des questions difficiles et transverses, avec des retombées en recherche. Ce sont des formations souvent ancrées dans un territoire et en tout cas proche d’un secteur économique avec lequel le dialogue est serré.

Pour les étudiants motivés qui entrent dans ces cursus, les avantages sont nombreux : se distinguant nettement sur le marché du travail du reste des diplômés, ils auront accès à des postes intéressants et rémunérateurs. Dotés de compétences multiples, ils peuvent espérer accéder à des responsabilités plus vite. Lors de la formation elle-même, l’hybridation des domaines et des disciplines constitue un défi et une stimulation permanents. On ne saurait en effet se satisfaire d’une simple juxtaposition de problématiques différentes, il faut réussir à intégrer les différents domaines et dépasser les contradictions qui ne manquent pas d’apparaître entre les plans de la technique, de l’économie, voire de l’éthique.

Toutefois, il ne faut pas le cacher, ces formations sont délicates à monter et à faire vivre. Nous avons à Télécom Ecole de Management trente ans d’une double expérience. D’une part, nous intégrons dans nos diplômes les technologies de l’information et de la communication aux disciplines classiques de la gestion pour former des managers capables de tirer parti de ces technologies dans les entreprises. D’autre part, grâce à notre vie commune avec Télécom SudParis, nous avons monté un double diplôme bilatéral ingénieur-manager entre les deux écoles, en particulier pour tirer parti de la synergie qui existe dans le domaine des systèmes d’information entre le monde du management et celui de l’informatique.

Eviter la double incompétence
Si les débouchés sont bien présents, et si nous savons monter des cursus qui intègrent bien toutes les dimensions des systèmes d’information, nous faisons vraiment attention aux profils des candidats à ces doubles diplômes, pour ne pas faire de la « double incompétence » sous prétexte d’hybridation. A ce jour, nous avons étendu avec prudence les doubles diplômes managers pour ingénieurs à sept autres écoles d’ingénieurs2 que nous connaissions bien, dans la galaxie de l’Institut Mines-Télécom, et toujours sur la base de la complémentarité entre établissements : pas de rupture ou de réorientation radicale pour les étudiants concernés, mais plutôt un enrichissement mutuel.

Nous sommes persuadés que ce mouvement d’hybridation va se développer. Ainsi dans le domaine du management, l’intégration des technologies de l’information se révèle indispensable et féconde. Et dans le domaine de l’ingénierie, la prise en compte des dimensions managériales et économiques progresse comme en témoigne, par exemple, le référentiel des compétences CDIO. A côté des hyper-spécialistes et des généralistes d’un domaine, la société et l’économie ont besoin de personnes qui savent traiter de manière synthétique des problèmes complexes, parce qu’ils servent de ponts entre des disciplines qui s’émiettent perpétuellement en s’approfondissant,

Michel Berne
Directeur d’études à Télécom Ecole de Management

1) Anne-Françoise Garçon, Entre l’Etat et l’usine, l’École des Mines de Saint-Etienne, Presses Universitaires de Rennes, 2004
2) Télécom Lille1, Télécom Saint Etienne, ESIGELEC, ENSIIE, les Écoles des mines d’Albi, Alès et Douai.

Télécom Ecole de Management

Fondée en 1979, Télécom Ecole de Management est une grande école de commerce publique accréditée AACSB et AMBA. Reconnue pour son expertise dans les nouvelles technologies, l'école figure dans le classement mondial du Financial Times des meilleurs masters en management. Télécom Ecole de Management est la business school de l’Institut Mines-Télécom, premier groupe d’écoles d’ingénieurs de France. Elle partage son campus avec sa jumelle ingénieure Télécom SudParis. Télécom Ecole de Management compte 1200 étudiants, 76 enseignants-chercheurs et 5000 diplômés.

CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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