Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

n°33
Octobre 2012

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Croissance, décroissance et développement durable

Nous partageons l'idée que le développement durable (nous préférons soutenable) est une vision porteuse d'un projet éminemment politique visant au bien-être humain maintenant et demain, ici et ailleurs. Ce bien-être passe par un nouveau modèle de développement qui se positionne clairement aux interfaces entre les enjeux sociaux, économiques et environnementaux, en se fixant trois objectifs concomitants :

  • la durabilité écologique
  • la viabilité économique
  • l'équité sociale

Lorsque les modèles de développement sont remis en question par des crises à répétition, lorsque la doxa économique devient dogme, il devient nécessaire de rappeler l'objectif que nous avons en commun : le bien être des populations.

Partisans de la croissance et de la décroissance, un dialogue impossible ? - Et une sélection d'actualités DD dans les écoles

S’il est un sujet de débat qui peut engendrer rapidement des crispations sur des positions arrêtées voire dogmatiques, l’opposition entre croissance et décroissance est de ceux-là. D’un côté les partisans de la croissance agitent, lorsqu’ils parlent de la décroissance, le spectre d’un retour à un âge présocial. De l’autre, leurs opposants décrivent la croissance comme un dogme liberticide qui engendre crises écologique et sociale, donc qui génère plus de mal qu’elle n’en résout. La question que l’on peut dès lors légitimement se poser est la suivante : ce débat n’est-il pas biaisé à l’origine en opposant frontalement des termes et leurs défenseurs, qui pourtant ne se répondent pas directement ?

En d’autres termes, ne faut-il pas commencer par redéfinir les bases de cette controverse si nous voulons atteindre l’objectif commun affiché par les deux parties : le bien-être humain ? Pour cela nous vous proposons une analyse rapide de ce que recouvrent les mots de « croissance », de « décroissance » et une cartographie des tenants de ces deux positions :

1- Les partisans de la croissance
Rien de plus naturel que la croissance non ? La nature croît, progresse en occupant l’espace, se développe en créant de nouvelles espèces ou variétés mieux adaptées aux conditions nouvelles qu’elles rencontrent. Forte de cette analogie fondatrice et du développement exponentiel d’une partie des pays de la planète, la « croissance » est devenue la championne de l’économie, elle est d’une certaine façon l’économie. Elle s’appuie sur un indicateur, le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la valeur totale des productions de richesses (biens et services) au cours d’une année donnée. Cet indicateur a la grande qualité d’être « taxable », donc de permettre la redistribution des richesses (biens publics, système social..). Il est volontiers assimilé à un indicateur de bien-être humain par une majorité des tenants du système économique et politique mondial qui affichent clairement leur opposition aux positions décroissantes. La grande majorité des économistes ignorent le débat sur la décroissance mais défendent la croissance, au sens de croissance du PIB, comme la seule voie permettant d’éliminer la pauvreté et d'assurer le développement d’un pays.

2- Les partisans de la décroissance
« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste. » écrit Kenneth Boulding, économiste américain (1910-1993). Cette citation semble faire l’unanimité au sein des tenants de la décroissance. Le terme de « décroissance » a pris son véritable essor en France dans les années 2000, à l’occasion d’une rencontre entre deux courants critiques : le premier issu d’une mouvance écologiste sensibilisée par le rapport du Club de Rome (rapport Meadows - 1972) ; le deuxième issu de sociologues et d'économistes du développement dont Serge Latouche est le chef de file en France. Les partisans de la décroissance font donc référence à deux constats pour étayer leur propos : le modèle productiviste et consumériste actuel repose sur des ressources fossiles et minérales finies, et le modèle de développement, notamment Nord–Sud, soutenu par les économistes orthodoxes est défaillant. Le réseau des « décroissants » est essentiellement composé d’ONG, d’associations locales, d’économistes hétérodoxes (Nicholas Georgescu-Roegen en est le chef de file et à l’origine du terme de décroissance) et d’universitaires qui s’entendent plutôt sur les constats, l’objectif à atteindre (bien-être des populations) mais diffèrent largement quant aux moyens à mettre en œuvre pour y arriver, exception faite de la remise en cause du PIB comme indicateur du bien-être des populations. Il y a de fait une multitude de courants au sein de la mouvance « décroissante ». A une extrémité on trouvera celui, minoritaire, qui prend l’expression « décroissance » au pied de la lettre et sert souvent d’épouvantail aux partisans de la croissance en prônant un « retour » aux modes de vie souvent fantasmés des sociétés traditionnelles. A l’autre extrémité, il y celui pour lequel le mot de décroissance est un slogan pour lutter contre le dogme de la croissance linéaire érigé en pensée unique et qui défend que chaque société doit inventer son propre modèle de développement non consumériste et non linéaire.

Ce que l’on sous-entend par croissance ou décroissance ne s’oppose donc pas frontalement car une partie des tenants de la décroissance, par exemple, ne prônent pas la décroissance en tant que telle mais plutôt un autre modèle de croissance : croissance des énergies renouvelables (solaire essentiellement), croissance d’une économie circulaire (recyclage..) et croissance de la sphère non marchande. Par ailleurs, la critique du PIB comme indicateur de bien-être est, depuis la diffusion du rapport Stiglitz, sur la place publique et des personnalités politiques de premier plan s’en sont déjà faits les porte-parole. Enfin les fondements de l’économie orthodoxe, et son corollaire la croissance du PIB, sont remis en question par le constat généralement partagé de la finitude à plus ou moins long terme des ressources fossiles et minérales. Alors comment se fait-il qu’aucun dialogue constructif ne puisse s’instaurer entre partisans de la croissance et partisans de la décroissance ?

Voici quelques éléments de réponses :

1- Les réseaux des tenants de la croissance et des tenants de la décroissance sont disjoints, il y a peu d’opportunités de dialogue.

2- Le réseau des tenants de la croissance est aussi celui du pouvoir politique et économique, il redoute l’instauration d’un dialogue car :

3- L’économie en tant que discipline est incapable, à ce jour, de proposer un modèle de croissance qui ne soit basé uniquement sur des flux de biens et de services.
 

Notre propos n’est pas ici de prendre parti pour l’une ou l’autre des positions mais il nous paraît intellectuellement sain de remettre en question les postures dogmatiques, quelles qu’elles soient et a fortiori lorsqu’il y a le moindre doute qu’elles soient à l’origine de crises profondes et potentiellement délétères pour nos sociétés. C’est dans ces moments de crise que nous avons le plus besoin d’entendre les voix dissonantes, même et surtout si elles remettent en question les croyances communes. Les rapports de force en présence ne permettent pas d’instaurer ce dialogue entre partisans de la croissance et partisans de la décroissance bien que nombre de conditions préalables y soient favorables. Eh bien soit, c’est au niveau du citoyen et au sein des territoires qu’il faut porter le débat pour qu’il soit constructif, le politique suivra ! Ne sommes nous pas en démocratie ?

 

Gérald Majou de La Débutrie
CGE - Chargé de mission développement durable

L'actualité DD dans les écoles

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