Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

n°29
Mai 2012

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Philippe Jamet, directeur de l'École des Mines de Saint-Etienne et président de l'AGERA

La parole à Philippe Jamet, directeur de l'École des Mines de Saint-Etienne et président de l'AGERA (Alliance des grandes écoles Rhône-Alpes)

Pour les écoles de la Conférences des grandes écoles, le développement durable est bien autre chose qu'un effet de mode. Il renvoie pour elles à des valeurs fondatrices. La meilleure manière, pour nos écoles, de contribuer à la mise en œuvre des politiques de développement durable consiste donc à cultiver et à promouvoir ces valeurs. Je voudrais ici insister sur trois aspects fondateurs de l'identité des écoles dont les connexions avec les enjeux du développement durable sont particulièrement riches.
 

1) Parmi les établissements d'enseignement supérieur, les écoles se distinguent par l'importance accordée à l'étudiant comme individu et comme élément actif de son éducation. Cette caractéristique est liée, à l'évidence, à la dimension réduite des promotions, qui met en relief la personnalité des étudiants et autorise un face à face avec les pédagogues, créant ainsi une situation d'apprentissage voisine du compagnonnage.


Bien sûr, les défis du développement durable appellent des réponses collectives de grande ampleur. Mais au final, ce sont des personnes, dans leur responsabilité et dans leur ouverture au changement, qui feront que ces réponses collectives auront une chance de devenir des réalités concrètes. Les causes du retard pris par le développement durable pour s'ancrer dans les réalités sociales, ne sont pas à rechercher dans le défaut de collectif, pas davantage dans le manque de politiques et de normes, mais plus probablement dans le déficit de responsabilisation individuelle et l'absence de perception, par tout un chacun, que le collectif n'est pas une entité abstraite dans laquelle il est possible d'"externaliser" des attentes, mais bien l'appel au plein exercice des responsabilités individuelles.

Ainsi, parce qu'elles incarnent une pédagogie de la responsabilité, les grandes écoles contribuent à une vision proactive et progressiste du développement durable.

2) Les grandes écoles ont, plus que d'autres, un devoir d'exemplarité institutionnelle. Non pas que toutes, loin de là, soient exemplaires, que ce soit en termes de gouvernance, d'implication sociétale ou de gestion environnementale. Mais l'exigence d'exemplarité y est d'autant plus importante que l’école est un lieu de "pédagogie intégrale".

Je veux dire par là que, toujours par effet de taille et de proximité, toute expérience vécue par les étudiants d'une école, à l'intérieur ou à l'extérieur d'une salle de cours (par exemple dans les services administratifs, dans les divers aspects de la vie étudiante, souvent en résidence) est une contribution éducative. Ne sous-estimons pas l'impact des expériences extra-pédagogiques : il est considérable et peut être aussi bien enrichissant que désastreux. Il est impératif que toutes les expériences vécues dans le périmètre de nos écoles par les étudiants soient positives et édifiantes, sous peine d'endommager notre empreinte pédagogique. Ainsi, moins que tout autre établissement d'enseignement supérieur, une école, sous peine d'être rapidement démasquée, ne peut entretenir un écart durable entre les sains principes qu'elle professe (où le développement durable et la responsabilité sociétale figurent, espérons-le, en bonne place) et la réalité de son fonctionnement institutionnel.

3) Enfin les écoles ont les liens particulièrement étroits avec les territoires. Les écoles ne sont pas des institutions universitaires hors-sol : elles sont enracinées. Les raisons de cette intimité avec les territoires sont multiples. Citons en deux. Premièrement, beaucoup d'écoles ont été explicitement créées avec un projet territorial : dynamiser le développement économique, former les cadres nécessaires pour accompagner la croissance industrielle et l'innovation technologique. Ces écoles-là incorporent de longue date, dans leur ADN, des gènes territoriaux. Deuxièmement, les industries des territoires parmi les plus dynamiques aujourd'hui sont souvent des petites et moyennes entreprises ou des entreprises de taille intermédiaire. Pour ces entreprises, les écoles sont des interlocuteurs naturels, en raison de leur proximité de taille et de culture, et parce qu'elles dispensent des formations professionnalisantes que les entreprises identifient facilement avec leurs propres besoins.

En quoi cette identité territoriale est-elle un atout pour le développement durable ? Tout simplement parce qu'elle procure des espaces de dialogue dans les champs social et économique, et qu'elle confère aux écoles un rôle légitime dans la réindustrialisation des territoires et les met en mesure d'influer sur la conception d'un nouveau tissu industriel et social plus conforme avec les principes du développement durable.

Les écoles ont donc de grandes responsabilités et de grands atouts au regard du développement durable et de l'avenir de notre société. Il est important qu'elles en prennent pleinement conscience et ne passent pas à côté de leur destinée en ne faisant pas du développement durable une cible prioritaire de leur stratégie et en sous-estimant les enrichissements qu'elles peuvent en retirer. Éducation à la responsabilité, exemplarité, interactions avec les territoires, autant de défis enthousiasmants pour nos écoles ! De quoi faire mentir la morosité ambiante.

CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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