Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

n°27
Mars 2012

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Le monde est-il en mesure de changer de genre ? Par Florence Darmon, DG de l'ESTP

Même si l’idée me tente, il serait prétentieux de croire, que dans un avenir plus ou moins proche, tant les filières de formation scientifique que les carrières professionnelles pourraient accueillir majoritairement des femmes.

Force est de constater, qu’alors que la technologie est présente dans tous nos actes quotidiens, les métiers d’ingénieur sont considérés (à tort) comme plus « besogneux » que d’autres. Commençons par attirer plus de jeunes et proportionnellement nous aurons plus de femmes dans ces secteurs, d’autant que le nombre de jeunes filles croît chaque année de quelques points dans ces filières.

C’est ainsi qu’aujourd’hui de l’ordre de 25 % de jeunes filles s’orientent dans nos filières « écoles d’ingénieurs », alors qu’en moyenne elles ne sont que 17 % toutes générations confondues dans les métiers d’ingénieur, chiffre qui pourrait croître jusqu’à 50 % dans une société idéale…

Dans le cadre de la pédagogie, à l’ESTP, 95 % de nos professeurs sont des professionnels qui travaillent en entreprises. Si plus de femmes intervenaient dans les cours, lors de visites de chantier ou par des conférences sur leur métier, peut-être que nos jeunes filles se projetteraient plus dans leur future carrière : sensibiliser davantage une génération changera automatiquement le regard de la suivante, d’autant que dans 72 % des cas l’envie d’intégrer l’ESTP se fait par connaissance ou témoignage d’un ancien, issu du milieu de la construction. Le handicap constaté à ce stade est qu’il y a moins de 10 % de femmes cadres dans ce secteur de la construction. Mais 25 % de nos effectifs sont des jeunes filles qui n’ont pas peur d’intégrer ces métiers, donc notre cercle vertueux est en marche !

Faire croître le pourcentage de femmes dans ces métiers renforcera par ailleurs, du fait de la diversité, les qualités managériales : éviter la consanguinité permet en effet de faire évoluer les groupes, avec une notion accrue de compétitivité du fait de la diversité, et donc entre autres, de faire évoluer les modèles de management. L’émulation, la compétitivité, facteurs d’amélioration de la qualité globale aura, entre autres, une influence bénéfique sur les qualités managériales. Ainsi, sans tomber dans des clichés caricaturaux, le management par l’exemple et le travail collaboratif semblent des modes de management plus en adéquation avec les modes d’éducation puis de comportement de nos jeunes filles et donc leur vision de l’exercice de leur métier avec professionnalisme. Cela n’exclut pas toutefois le fait qu’elles veulent que leur aptitudes personnelles soient reconnues comme telles, et qu’elles souhaitent également prendre des postes « en toute égalité », donc forcément au détriment des hommes, si ceux-ci doivent partager les quelques postes situés en haut de la pyramide professionnelle…

Donc mixité : oui, compétitivité : oui, et que le(la) meilleur(e) gagne, à armes égales !

Florence Darmon, directeur général de l'ESTP

Florence Darmon
Présidente de la commission Diversité de la CGE,
Directeur général de l'ESTP

Nommée directeur général de l’ESTP par son conseil d’administration
le 21 mai 2008, elle a pris ses fonctions le 1er septembre 2008.
Ancienne élève de l’Ecole Polytechnique (X 83),
ingénieur du corps des Ponts et Chaussées (ENPC 88)
et ancien auditeur de l’IHEDN (IH 56),
Florence Darmon a débuté sa carrière dans les services
des Grands travaux du ministère de l’Équipement
pour diversifier ensuite son parcours dans le secteur privé,
au sein des majors de la construction (Vinci, Bouygues),
de l’immobilier et des services (Nexity).

À propos de la Commission Diversité de la CGE

La Commission Diversité de la CGE, présidée par Florence Darmon, regroupe trois groupes de travail :

Ces groupes s'appuient sur un réseau de référents dans les grandes écoles et travaillent en liaison étroite avec les ministères et les organismes concernés par ces sujets.

En savoir plus sur l'ESTP

L'ESTP (École spéciale des travaux publics du bâtiment et de l'industrie) a formé près de 30 000 ingénieurs depuis sa fondation en 1891, dont la majorité a participé aux plus grands projets de construction et d'aménagement, secteurs d'excellence française, qui s'exportent très bien à l'étranger. Aujourd'hui, riche de son passé et tournée vers l'avenir, l’école s'impose en leader pour la formation aux métiers du BTP, de la maîtrise d’ouvrage (Énergie, Environnement, Immobilier et Transports), ingénierie, matériaux ou de la topographie.

A l’heure où la connaissance devient un enjeu majeur pour les États et les entreprises, dans un environnement concurrentiel et mondialisé, l’ESTP a fait le choix résolu de se projeter vers l’avenir . Depuis 3 ans, nous avons notamment créé notre Institut de Recherche en Constructibilité (IRC), nos chaires en Génie civil nucléaire (GCN) et en Aménagement Construction Durables (ACD), pour répondre dès maintenant aux défis du développement durable.

Puisque l’avenir de nos entreprises et de notre enseignement supérieur se joue maintenant au niveau mondial, l’ESTP a renforcé sa visibilité internationale et attire les meilleurs talents, en développant des partenariats avec 67 universités et établissements d’enseignement supérieur sur les 5 continents ; l’effort ayant récemment porté sur la Chine, l’Inde et le Brésil.

Former des ingénieurs à construire, aménager et entretenir notre cadre de vie, étant une mission d’intérêt national, l’Ecole des Grands Projets s’engage depuis 120 ans à développer les qualités scientifiques et humaines de ses élèves pour préparer les nouvelles générations à de nouveaux défis.

Bertille Morin, étudiante à l'ESTP

La vision d'une étudiante de l'ESTP : Bertille Morin

CGE : Être étudiante à l’ESTP et se destiner à une carrière dans les travaux publics, est un parcours qui s’est dessiné naturellement depuis longtemps, ou y a-t-il des moments clés qui ont déclenché l’attraction pour cette voie de formation et de métier ?
B.M. : Lors de mes études en classes prépas, je ne savais pas vers quel domaine me diriger. En deuxième année, certains de mes amis avaient déjà intégré l'ESTP, leurs échos étaient très positifs et m'ont poussée à chercher plus d'informations dans ce domaine. De plus, mon oncle et mon grand-père étaient entrepreneurs en bâtiment, je me suis alors dit qu'il serait naturel de continuer dans cette voie.

CGE : Avez-vous été confrontée à des difficultés particulières dans votre vie associative ou sportive à l’ESTP selon l'équilibre du nombre de filles et de garçons qui participaient avec vous aux différents projets ?
B.M. : J'ai été très impliquée dans la vie associative de l'école sans jamais rencontrer de problèmes vis-à-vis de la parité. Dans une école qui compte seulement 25 % de filles, il y avait bien souvent plus de garçons dans ces associations. J'ai été membre du BDE (BLOC ETP) avec sept autres filles parmi quinze garçons. Etant très impliquée, je me suis fait ma place parmi eux. J'ai ensuite été membre du Forum ETP en tant que responsable du pôle Communication qui comptait trois garçons et une fille. J'ai donc travaillé avec eux sans aucun souci, en comparant nos points de vue masculins et féminins. Enfin j'ai été membre de l'équipe de rugby féminine, là encore aucun souci avec les garçons qui au contraire aimaient venir nous soutenir !

CGE : Avez-vous une ou plusieurs anecdotes sur les préjugés existants dans les métiers des travaux publics et la réalité du terrain à laquelle votre formation vous prépare ?
B.M. : Il est vrai que quand je me présente devant des personnes étrangères à ce milieu en me disant élève ingénieure en travaux publics et à la fois joueuse de rugby, les gens sont au premier abord plutôt étonnés! Je leur montre qu'on peut être une fille et s'en sortir très bien dans ce milieu tout en étant féminine. Il est vrai qu'avant mon premier stage sur le chantier, les échos et les préjugés que j'entendais me disaient que les relations avec les ouvriers ne seraient pas faciles pour une fille. Au contraire j'ai découvert que tout se passait très bien, les ouvriers sont très respectueux et aiment faire partager leur savoir.

CGE : Quel est votre point de vue et quels sont déjà vos partis-pris vis-à-vis de la répartition des postes managériaux dans les grandes entreprises du bâtiment et/ou sur les chantiers dans la perspective de votre future carrière ?
B.M. : Historiquement le BTP est un secteur masculin, il me parait normal d'avoir encore une majorité d'hommes dans ce domaine qui s'est déjà ouvert aux femmes en quelques années. Cependant les mentalités sur le chantier évoluent, j'ai pu le remarquer lors de mon stage parmi de jeunes conducteurs de travaux et de jeunes et moins jeunes ouvriers et des chefs de chantier, qui m'ont tous bien accueillie et qui trouvent normal que les femmes aient leur place dans le milieu du BTP. Les femmes apportent bien sûr des éléments nouveaux et une fraicheur dans ce secteur indispensable. Je pense et j'ai pour ambition de pouvoir évoluer dans ce domaine à l'égal des hommes.

CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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