Grand Angle - Conférence des Grandes Ecoles

Grand Angle

La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles

n°15
Février 2011

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Éric Haubruge, Vice-Recteur de l’Université de Liège et président du Comité de direction de la Faculté de Gembloux

Éric Haubruge, vice-recteur de l’Université de Liège et président du Comité de direction de la Faculté de Gembloux

Éric Haubruge est responsable de l’unité d'Entomologie fonctionnelle et évolutive de la Faculté de Gembloux. Diplômé de la Faculté en 1987 (orientation « Défense des végétaux »), il obtient le titre de docteur en sciences agronomiques en 1995. Il commence sa carrière comme assistant du professeur Charles Gaspar en 1989 avant d’être nommé  premier assistant en 1996, chef de travaux en 2000 et chargé de cours en 2003.

Spécialiste des insectes, il développe, depuis son doctorat, le secteur de la physiologie de l’insecte. Aujourd’hui professeur ordinaire et directeur de l’Unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive de la Faculté des Sciences agronomiques et d’ingénierie biologique de Gembloux – Université de Liège, Eric Haubruge a élargi ses centres de recherches, accueillant de plus en plus de doctorants dans son laboratoire. Il est auteur de plusieurs centaines de publications internationales. Si l’abeille constitue toujours un axe de recherche, elle n’est pas la seule : les vecteur de la maladie de la langue bleue (en collaboration avec la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULg), les coccinelles invasives (les asiatiques qui nous envahissent et détruisent toutes les autres), le puceron et son interaction avec la plante sont autant d’autres préoccupations de son unité. Sans oublier l’entomologie criminelle, en plein développement aujourd’hui.

Il n’hésite pas également à organiser des manifestations « grand public » sur la thématique des insectes. En 2001 et 2004, il a organisé le Festival de l’insecte ; en 2008 une exposition sur l’entomologie criminelle qui a attiré plus de 2000 personnes  en l’espace d’une semaine à la Faculté de Gembloux.

Amateur d’art, il a également organisé à Gembloux une exposition avec l’artiste-plasticien Didier Mahieu. Intitulé « Scaphandre, quand l’art touche la science », cet événement hors norme à attiré près de 10 000 visiteurs entre mai et août 2010.

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CGE : Depuis la succession de monsieur André Thewis et votre élection au poste de vice-recteur de Gembloux Agro-Bio Tech (anciennement Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux) en 2009, quelles sont les principales étapes du processus d’intégration au sein de l’Université de Liège qui ont été franchies et quels sont les critères de ce défi majeur qui sont en cours de développement ?

É.H. : Le paysage universitaire en Belgique est actuellement en pleine mutation : intégrations, fusions, créations de pôles universitaires,… Des changements structurels, fonctionnels et organisationnels touchent de plein fouet les universités de la Communauté française de Belgique. La Faculté de Gembloux n’a pas échappé à ces profondes réformes, puisqu’elle a été intégrée à l’Université de Liège le 1er octobre 2009.

La méthode d’intégration mérite toutefois quelques explications. Outre la qualité des rapports humains entre les acteurs de l’intégration, une période transitoire, assurant l’autonomie financière à l’entité gembloutoise, constitue la clé de voûte de la réussite de la fusion de ces deux universités. Cette période de cinq années permet à Gembloux Agro-Bio Tech de maîtriser sa visibilité à l’extérieur, de choisir et de mettre en place progressivement les structures administratives les plus appropriées au fonctionnement de l’Université de Liège. Les changements se sont donc faits en douceur, au fil du temps, en total concertation et sans réductions d’emploi. Au niveau institutionnel, nous avons organisé l’entité gembloutoise d’une part en une faculté constituée de quatre départements, dédiée à l’enseignement et, d’autre part, en un centre universitaire dédié à la recherche scientifique dans le domaine des sciences agronomiques et de l‘ingénierie du vivant. Pour ce qui est de l’enseignement, nous continuons à former les ingénieurs du vivant (bio-ingénieurs, ingénieurs agronomes). Forts de nos spécificités au sein de l’Université de Liège, nous avons également créé une nouvelle formation universitaire (bachelier et master) en architecture des paysages,  en collaboration avec des écoles d’architecture belges. L’intégration facilite également les rencontres avec les collègues d’autres facultés de l’Université de Liège comme la Faculté de Médecine vétérinaire ; elle permet de créer de nouvelles synergies comme des formations communes qui permettront aux étudiants français de s’orienter vers l’agronomie ou la médecine vétérinaire après trois ou quatre années.

L’agriculture est plus que jamais attendue en Europe, par la place déterminante qu’elle occupe dans nos territoires, par le rôle stratégique en matière d’approvisionnement qu’elle conserve et par le développement qu’elle suscite si le système durable de production d’énergie est promu. Il est donc primordial de repenser la place des agriculteurs dans le système global de production et des échanges mondiaux. Il est aussi indispensable de prendre en compte le changement climatique, le rôle de la biodiversité et les attentes des citoyens envers l’alimentation. Plus que jamais, l’université est et devra être sollicitée pour prendre en charge ces défis.

D’un point de vue de stratégie de recherche, Gembloux Agro-Bio Tech, de par ses spécificités, est et doit rester à la pointe de l’éco-innovation et du développement durable, de la parcelle au consommateur. Il y a quelques mois, Gembloux Agro-Bio Tech, dans un souci de visibilité au sein de l’Université de Liège, a déterminé les domaines de recherches qu’elle souhaite privilégier pour les prochaines années. Il s’agit d’une part des ressources vivantes et leur environnement avec une attention particulière sur les interactions entre le climat, la plante, le sol et l’air et, d’autre part, les bioproduits et leur interaction avec le consommateur, avec une approche axée sur les aliments santé. De plus, pour être performant, Gembloux Agro-Bio Tech a décidé de rassembler les équipes de chercheurs de renommée internationale autour d’infrastructures uniques et performantes. Deux plateformes d’appui technologique verront le jour dans les quatre prochaines années : un écotron, afin d’étudier, dans leur intégralité, les agro-écosystèmes, et un centre de technologies alimentaires et de bioindustrie regroupant tout notre savoir-faire dans le domaine de la valorisation des bioproduits.

Ces différents éléments montrent clairement qu’une intégration bien préparée, sans précipitation et respectueuse des valeurs de chacun et de chacune, est une opération positive pour l’ensemble des entités concernées.

CGE : En matière d’accueil d’étudiants étrangers en France, la Conférence des grandes écoles défend l’ambition du triplement des effectifs actuels. Gembloux Agro-Bio Tech est d’ailleurs très actif au niveau international. Quelles sont, selon vous, les grandes vertus de cette ouverture internationale pour les étudiants, les enseignants et la qualification des projets professionnels ?

É.H. : Depuis sa fondation en 1860, Gembloux Agro-Bio Tech a toujours été caractérisé par un rayonnement international particulièrement important de ses activités dans les domaines des sciences agronomiques, de l’ingénierie biologique et de l’environnement. A ce jour, sur un total de 1 286 étudiants à Gembloux, on compte environ 35% d’étudiants issus des régions  d'outre-mer ». Sur 244 doctorants, 112 proviennent des pays du Sud. Plusieurs faits peuvent expliquer ce rayonnement international :

CGE : En tant qu’observateur averti de l’impact croissant des activités humaines sur l’environnement, existe-t-il selon vous des passerelles évidentes entre l’agriculture, la biologie et les sciences du vivant. Quelles sont les synergies les plus pertinentes pour rendre notre monde plus durable ?

É.H. : Depuis quelques années, le concept de développement durable est devenu incontournable. Il s’agit de pratiquer le développement en respectant l’environnement et les aspects sociaux. Les scientifiques, les chefs d’entreprises tirent la sonnette d’alarme concernant le manque d’investissements verts. Selon l’OCDE, le seul marché mondial des produits et des services environnementaux est en plein boom. Pour l’Europe, on estime à 2,2% la part du produit national brut (PNB) consacrée à l’environnement. Nous sommes déjà en retard par rapport aux USA. Il est donc primordial d’investir dans la recherche et dans le soutien à la commercialisation de nos technologies vertes. L’éco-innovation pourrait être une source d’avantages concurrentiels dans le secteur en forte croissance des biens et des services environnementaux. Éco-innover, c'est intégrer les critères du développement durable (un développement économique et social respectueux de l'environnement) dans les processus industriels par l'innovation.

On distingue différentes approches pour générer cette éco-innovation, notamment : l’éco-technologie et l’éco-conception.

L’éco-technologie consiste principalement à intégrer, dans les  processus de production, des technologies valorisant la biomasse, économes en énergie et/ou générant moins de déchets. L’éco-conception, quant à elle, privilégie la production des biens de consommation - dès l'amont – afin de limiter leurs impacts environnementaux notamment en matière de bilan énergétique, de transport, de production de déchets.

L’éco-innovation est avant tout un domaine de prédilection des bio-ingénieurs. A la croisée de l’environnement et de l’agriculture, la chimie verte est un des grands enjeux de la recherche et de l’éco-innovation dans les dix prochaines années. Car, seul 5% de la biomasse totale sont exploités.

Au sein de notre institution Gembloux Agro-Bio Tech, le pôle d’excellence TECHNOSE dirigé par le professeur M. Paquot, cherche à favoriser le développement d’unités de bio-raffinage et de nouvelles voies de valorisation des composés à base de sucres. En savoir plus...

CGE : L’entomologie est une passion depuis votre plus jeune âge, pouvez-vous nous préciser l’origine de cette passion, le cheminement qui l’a mise au coeur de votre quotidien et les trois caractéristiques de cette discipline que vous mettriez en avant pour susciter l’intérêt d’un néophyte ?

É.H. : J’ai toujours voulu faire de l’entomologie ; c’est ma passion depuis l’âge de 6 ou 7 ans. Je n’ai jamais hésité quant au choix de ma carrière. Gembloutois d’origine, j’ai toujours vécu dans le sérail gembloutois, côtoyant très jeune le milieu des entomologistes professionnels. J’ai commencé à venir régulièrement à la Faculté de Gembloux, à l’âge de 14 ans, dans le service que j’ai la chance de diriger aujourd’hui. J’y ai été pris en charge par les professeurs Charles Gaspar et Charles Verstraeten, qui m’ont appris l’entomologie. Je venais le mercredi après-midi. Le service d’entomologie de Gembloux avait une culture de collaboration scientifique qui perdure toujours aujourd’hui : nous sommes ouverts aux amateurs, qui ont accès à la bibliothèque, au matériel, à la collection, etc.

A 16 ans, j’ai décroché une subvention du fonds Léopold III pour me rendre en Afrique en tant qu’entomologiste. Cela m’a conforté dans mon choix et j’ai décidé de faire des études d’ingénieur agronome, mais toujours dans la perspective de devenir entomologiste. En devenant professionnel, j’ai progressivement changé de centre d’intérêt. Au début, j’étais systématicien car, quand on est amateur, on ne peut faire que cela. J’ai ensuite découvert l’entomologie appliquée au cours de mes études : là il s’agit de comprendre comment fonctionne un insecte, comment il vit, comment il faut éventuellement l’éliminer. Cela m’a passionné et j’ai arrêté l’aspect taxonomique du métier.

Après une thèse de doctorat en Belgique et un séjour post-doctoral en Grande-Bretagne, j’ai développé le secteur de la physiologie de l’insecte à Gembloux Agro-Bio Tech. Aujourd’hui professeur ordinaire et directeur de l’unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive de Gembloux Agro-Bio Tech–Université de Liège, j’ai élargi mes centres de recherches, accueillant de plus en plus de doctorants. Si l’abeille constitue toujours un axe de recherche, elle n’est pas la seule : la langue bleue (en collaboration avec la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULg), les coccinelles invasives (les asiatiques qui nous envahissent et détruisent toutes les autres), le puceron et son interaction avec la plante sont autant d’autres préoccupations de l’unité. Sans oublier l’entomologie criminelle, en plein développement aujourd’hui.

CGE : Si vous pouviez accélérer un processus de développement, l’arrivée d’une innovation ou un vecteur de progrès d’un simple coup de baguette magique, lequel ou lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?

É.H. : Nous subissons actuellement une crise énergétique sans précédent qui est en train de modifier complètement le « visage du monde » que l’espèce humaine façonne sans cesse. La découverte de nouvelles sources d’énergie (bois, charbon, pétrole, vent,…) et leur exploitation ont toujours été, au cours de l’histoire de l’Homme, des catalyseurs importants du développement des sociétés humaines.

L’impact des ressources énergétiques et de leur utilisation vis-à-vis de l’homme et de son comportement social a déjà pu à être observé et éprouvé durant les dernières décennies. L’embargo mis en oeuvre vis-à-vis de Cuba et de la Corée du Nord a donné lieu à des stratégies de développement étroitement liées à l’agriculture mais très diversifiées. En effet, privés de ressources énergétiques, ces deux pays sont tombés progressivement dans le marasme économique et social. Poussé dans leur dernier retranchement, ces deux nations ont réagi de manière diamétralement différente. Alors qu’à Cuba s’est progressivement mise en place une agriculture périurbaine basée sur de petits exploitants et sur la création de filières économiques courtes, les dirigeants de la Corée du Nord ont choisi de mettre en oeuvre une agriculture intensive « de type étatique » peu diversifiée en terme de produits et de filières. Comme nous avons pu le constater ces dernières années, ce dernier choix stratégique fut fatal pour les populations coréennes, provoquant d’importantes famines. Cet exemple montre clairement que les ressources énergétiques et leur approvisionnement peuvent clairement influer sur le devenir des sociétés humaines. Si d’une part la crise énergétique que nous connaissons actuellement se prolonge ou s’amplifie et si, d’autre part, des solutions durables ne sont rapidement apportées en matière énergétique, nous risquons de connaître des situations très proches de celles que connaissent Cuba et la Corée du Nord.

L’acquisition et la maîtrise des ressources énergétiques, propres et renouvelables sont donc, selon moi, les clés de voûte de nos sociétés humaines. L’énergie constitue une priorité en matière de recherche et développement ; de cette approche, découleront de nouveaux concepts de société et d’économie respectueux de l’environnement.

Faculté à la pointe du développement durable et de l'éco-innovation, de la parcelle au consommateur, Gembloux Agro-Bio Tech se consacre exclusivement aux sciences agronomiques et à l'ingénierie biologique. Elle forme des bioingénieurs grâce à un programme complet en cinq ans. Quatre filières d'étude distinctes permettent aux étudiants de se spécialiser dans des domaines clés des sciences du vivant : sciences et technologies de l'environnement, la gestion des forêts et des espaces naturels, les sciences agronomiques, la chimie et les bioindustries. Ces spécialisations préparent les étudiants à gérer la bio-industrie de demain, à utiliser les biotechnologies, les agromatériaux et les biocarburants, à analyser les problèmes des eaux, des sols, de l'air, à gérer les ressources naturelles, à épurer, à dépolluer, à mettre au point de nouveaux médicaments et de nouvelles formes d'aliments, etc. Un master en Statistiques, orientation Biostatistique, est accessible aux bacheliers bioingénieurs mais également à des bacheliers et des titulaires de masters en sciences, en médecine, en médecine vétérinaire, en sciences biomédicales, etc.

Gembloux Agro Bio Tech est également responsable de la première année de bachelier en architecture du paysage, une formation organisée en partenariat avec la Haute-Ecole Charlemagne et l'Institut d'architecture de la Cambre.

Intégrée à l'Université de Liège depuis le 1e octobre 2009, Gembloux Agro Bio Tech est une faculté à taille humaine, ouverte sur le monde et dont la qualité de l'enseignement et l'excellence des recherches sont réputées internationalement depuis 150 ans.

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Gembloux Agro-Bio Tech Strat.
CGE – Conférence des Grandes Écoles - 11 rue Carrier-Belleuse 75015 Paris
Tél. : 01 43 26 25 57 - Contact : info@cge.asso.fr - Site Internet : www.cge.asso.fr

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